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A quoi sert une étiquette ?

Vous êtes-vous déjà surpris à acheter une bouteille sur un « coup de cœur de l’étiquette » ? Rassurez-vous, c’est normal et c’est voulu ! Une étiquette de vin remplit deux fonctions, visuelle et informative. Si toute latitude est possible pour la partie graphique, l’étiquette suisse est soumise à une réglementation très stricte quant aux informations qu’elle doit livrer au consommateur. Mais mal vous en prend si par mégarde vous optez pour une étiquette (trop) originale qui fera fuir vos potentiels clients !

Une histoire en 4 actes !

L’étiquetage des vins ne date pas d’hier. Les Égyptiens « étiquetaient » déjà leurs nectars divins. Les amphores par exemple étaient gravées, peintes ou estampillées et indiquaient parfois l’origine ou l’âge des crus. On a même trouvé, dans le tombeau d’un pharaon datant de -3500 av. J.-C., une plaque attachée à une amphore avec l’inscription « Vin noir du Mont Liban ».

Afin de repérer l’origine du fabricant, les tonneaux de vin ont été ensuite estampillés au fer chaud jusqu’au XVIIe siècle. Aujourd’hui encore, les tonneliers marquent l’un des deux fonds du tonneau au fer rouge à leur nom, parfois avec un label. Le XVIIIe et les débuts de l’industrialisation voient arriver les premières étiquettes, mais à cette époque, elles sont plutôt rudimentaires, et souvent écrites à la main.

C’est avec l’invention de la lithographie par l’allemand Aloys Senefelder en 1796 que l’étiquetage des vins vit une véritable transformation, car désormais il est possible d’imprimer plusieurs étiquettes à la fois en sérigraphie, plus complexes graphiquement et à prix raisonnables. La France sera la deuxième nation à utiliser cette technique et pas pour n’importe quel vin messieurs dames: le champagne ! La technique se répand peu à peu aux quatre coins du globe.

Une quatrième phase de la vie de l’étiquette survient à la fin des années nonante du siècle dernier (XXe) avec l’avènement de l’étiquette autocollante. Une autre révolution qui permet de nombreuses possibilités de design au niveau de la découpe.

La contre-étiquette et le visuel pour bien vendre

La contre-étiquette donne au consommateur des mentions facultatives et complémentaires aux informations légales comme les cépages, le type d’élevage en fût ou en cuve, les accords mets et vins possibles, des informations sur le domaine, ou encore le temps de garde. Mais ici, toute sorte d’information peut être transmise au client.

Quant au design de l’étiquette, il est primordial à la vente si le consommateur ne peut le goûter ou ne connaît pas le vigneron. Ce dernier misera alors sur des graphismes, des dessins, des gravures, ou des reproductions d’œuvres d’art. Il pourra jouer sur la typographie ou tout autre élément créatif. Comme l’habillage du vin comporte des contraintes légales, il faudra jouer au maximum avec le visuel pour séduire le consommateur.

Les étiquettes des vignerons suisses sont souvent élaborées pour une très longue durée de vie, des petites modernisations sont réalisées après quelques années. Bien que le budget pour la création d’une étiquette par un professionnel puisse atteindre jusqu’à 7% de son budget, le vigneron sera récompensé par des ventes meilleures. Ainsi, personnaliser les étiquettes est une option rentable pour attiser la curiosité, mais il est important qu’elle reflète la personnalité du domaine, du vigneron et aussi bien sûr, du vin, auquel cas, elle peut faire fuir le consommateur. Imaginez un graphisme et un nom délurés pour un noble champagne !

Une belle étiquette fera augmenter vos ventes.

Miroir, miroir, dis-moi que je suis la plus belle !

La partie barbante : la loi suisse qui régit les étiquettes !

Nous allons vous la faire brève : il s’agit de l’Ordonnance du Département fédéral de l’intérieur (DFI) sur les boissons alcooliques du 29 novembre 2013. Et c’est elle qui impose certaines contraintes sur l’étiquetage des bouteilles d’alcool en Suisse. Cette loi ne comporte pas moins de 38 pages, 10 chapitres, 106 articles, sans compter les annexes qui donnent des indications sur les définitions, les pictogrammes et autres dénominations. L’article qui nous concerne ici, les étiquettes, est l’article 10, chapitre 2, section 3.

Une étiquette doit ainsi, légalement, comporter les informations suivantes :

• la dénomination spécifique du produit
• le nom ou la raison sociale du producteur, de l’encaveur, du négociant, de l’importateur, de l’embouteilleur ou du vendeur, et son adresse
• le pays de production
• les informations citées dans l’ordonnance de 2005 sur l’étiquetage et la publicité des denrées alimentaires
• certaines informations nécessaires lorsque la présence des ingrédients concernés peut être détectée dans le produit final; les pictogrammes peuvent accompagner les informations qui leur correspondent.

Et ce n’est pas tout : toutes les indications doivent figurer dans le même champ visuel. Pour le vin mousseux, la loi est encore plus précise, mais nous vous laissons jeter un coup d’œil vous-même : https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20121963/201401010000/817.022.110.pdf

Spécificités légales pour les vins suisses

Aucun vin suisse ne porte la dénomination « vin ». Pourquoi ? Et bien, parce que la loi l’exige ainsi. Au lieu de « vin », le vigneron doit donner le nom de la classe à laquelle le vin appartient en vertu de l’art. 63 de la loi sur l’agriculture (1998). Et ce n’est pas tout : l’étiquette des vins suisses de la classe AOC doit comporter au surplus l’origine géographique correspondante, l’étiquette des vins suisses de la classe «vin de pays» doit comporter au surplus l’indication de la provenance géographique correspondante, l’étiquette des vins suisses de la classe «vin de table» doit comporter au surplus l’indication «suisse», et finalement, est interdite toute autre mention relative à l’origine, à la provenance, au cépage ou au millésime.

Compliqué ? Oui ! Mais passionnant. Non ?

Laurent Berthet